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« Les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises, ce sont les Martiniquais » est l’une des phrases cultes que l’on retiendra de ce grand homme. Il a nous quitté le 5 décembre 2013. 

Pierre Aliker est le premier Martiniquais interne des Hôpitaux de Paris. Il poursuit des études de médecine et se spécialise en chirurgie. Il décroche son doctorat en 1938 et retourne en Martinique, son île natale pour y exercer son métier de chirurgien.

Il est le frère cadet d’André Aliker (1894-1934), un célèbre journaliste des années 30, assassiné en 1934 dans des circonstances atroces. C’est d’ailleurs en l’honneur de son frère que Pierre Aliker se vêtira tout de blanc tout le reste de sa vie.

Pierre Aliker, l’homme politique

Il se tourne vers la politique quelques années plus tard. En 1945, il figure sur la liste communiste menée par Aimé Césaire, après aux élections municipales à Fort-de-France. Ce dernier remporte brillamment les municipales et devient maire de Fort-de-France en 1945, faisant de Pierre Aliker l’un de ses adjoints.

Il sera le Premier adjoint au maire de Fort-de-France de 1957 à 2001.

Pierre Aliker et Aimé Césaire fondent le Parti progressiste martiniquais, le PPM en mars 1958. Ensemble ils prôneront à travers ce nouveau parti politique pour l’autonomie de la Martinique. Pierre Aliker occupe le siège de vice-président du PPM jusqu’au 17e congrès du parti en 2005.

Il devient le conseiller général du canton 3 de Fort-de-France de 1958 à 1970

Pierre Aliker est également le fondateur du Syndicat intercommunal du Centre de la Martinique: le SICEM qu’il dirigera pendant 4 ans jusqu’en 2001. Le syndicat est nouvellement désigné CACEM, Communauté d’agglomération du Centre de la Martinique, en 2007.

Aimé Césaire et Serge Letchimy ne brigueront pas d’autres mandats. En mars 2001, les deux amis décident de laisser place à la nouvelle génération de politicien. Ils vont soutenir la candidature de Serge Letchimy candidat PPM aux municipales 2001.

Pierre Aliker a été le bras droit d’Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France durant 56 ans. Le secret d’une telle longévité, une citation de Karl Marx, qui semblait les avoir guidés tout au long de leur mission: « Il ne faut jamais permettre que l’intérêt général soit noyé dans les eaux glacées des intérêts privés ».

En février 2007, la ville de Fort de France rend hommage à Pierre Aliker pour son 100 ème anniversaire, le stade de Dillon à Fort-de-France change de nom Stade Pierre Aliker.

Le 20 avril 2008, dans le stade portant son nom, il rend un dernier et poignant hommage à son ami et compagnon de lutte, Aimé Césaire, lors des obsèques de ce dernier et rappelle dignement, en présence du Président N.Sarkozy et de quelques ministres, que « les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises, ce sont les Martiniquais », recueillant un tonnerre d’applaudissements.

Le 31 janvier 2009, quelques jours avant son 102eme anniversaire, il épouse Marcelle Landry (1929-2011), une infirmière rencontrée soixante ans plus tôt. Sa femme meurt chez elle à Redoute, le 1er avril 2011 à l’âge de 82 ans.

Le 27 octobre 2013, il est hospitalisé à la suite d’un accident domestique. Il meurt un mois plus tard le 5 décembre 2013 à l’hôpital de Fort-de-France à l’âge de 106 ans.