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I pòkò two ta“, littéralement “Il est encore temps“, traduit en créole : la Martinique aussi s’engage pour le climat. Concernée depuis toujours par les enjeux environnementaux, Elodie a intégré en janvier dernier les rangs de l’antenne antillaise du collectif “Il est encore temps”. Sur l’île, ils sont quatre à gérer le mouvement. Le groupe Facebook dédié dénombre quant à lui quelque 700 personnes. 

Au mois de décembre 2018, la Martinique a marché pour la première fois pour le climat, sous l’impulsion de Patrick Maréchal, à l’initiative du mouvement. 

De son côté, Elodie est originaire de Guadeloupe. Après des études en biochimie à Montpellier, elle retourne aux Antilles, cette fois sur l’île voisine martiniquaise. Concernée par les questions climatiques et environnementales depuis toujours, elle effectue une thèse sur les possibles vertus d’une plante locale pour guérir les calculs rénaux. Ce n’est qu’une fois cette thèse achevée qu’elle s’engage dans le collectif “I pòkò two ta Matnik“. “On n’est pas une association, on fonctionne sans subvention donc on essaie de mettre des choses en place avec nos petits moyens”, précise la jeune femme. 

15 et 16 mars, aussi en Martinique

Le 15 mars, alors que l’Europe se met en grève pour le climat, aux Antilles, d’autres actions sont organisées. La Martinique profite de cette date pour lancer plusieurs opérations de sensibilisation. Dans les collèges et lycées de l’île, les élèves et le corps enseignant sont invités à porter un brassard vert noué à leur bras. Du côté des étudiants, le “Café U” sur le campus de l’université des Antilles leur est ouvert : “Il y aura un débat organisé avec une sociologue, un géographe et un spécialiste de la biodiversité”, précise Elodie.

Le lendemain, samedi 16 mars, la France se rassemblera pour “La Marche du Siècle” pour le climat. En Martinique, “on se réunira sur la place principale de Fort-de-France, vêtu de blanc, pour former une chaîne humaine en forme de SOS qui sera photographiée par drone”.

Difficile pour Elodie et les membres du collectif d’estimer le nombre de participants, mais la jeune femme décrit une population habituellement favorable et attentive à ces questions climatiques. Cependant, un problème de concordance de dates a entravé quelque peu l’organisation : “La semaine dernière, c’était le carnaval. C’est un évènement très important chez nous, donc les gens étaient un peu pris ces derniers jours !”.

Une île exposée à plusieurs dangers environnementaux

Pour Elodie, la mobilisation climat ne peut pas se faire de la même façon qu’en France : “On essaie de créer des choses différentes, de mettre en place des actions qui soient adaptées à notre région et à notre contexte insulaire“. Afin de favoriser l’échange, le dialogue et la sensibilisation, les membres du collectif sont partis à la rencontre des Martiniquais, et ont compilé quelques-unes des réactions croisées sur leur chemin. 

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Car si la Martinique – comme d’autres îles voisines des Antilles – est française, les enjeux qui la confrontent sont bien différents de ceux de l’Hexagone. “On est exposés à d’autres risques”. Elodie cite en premier lieu l’érosion des côtes : “Il y a une montée des eaux à laquelle on est directement confrontés et on le voit sur les plages. Nos côtes vont disparaître, il y aura des endroits qui vont se retrouver totalement sous l’eau !”. Et de poursuivre : “En plus de tout cela, nous avons fait face à quelques catastrophes climatiques cette année : de la grêle par exemple ! On a évité Irma et Maria de peu (ndlr : deux ouragans ayant balayé le continent américain), mais on s’inquiète de tout ça aussi”.

Deuxième problème, plus direct, plus visuel et encore plus contraignant, les sargasses. De plus en plus nombreuses, elles représentent un réel problème de santé publique. Ces algues ultra-toxiques s’échouent massivement sur les plages et détruisent tout sur leur passage. “Elles tuent toute la faune. Même les bateaux sont obligés de contourner ces bancs. Elles affectent toutes les activités locales, la pêche, le tourisme, mais pas seulement : quand ces algues pourrissent, elles dégagent une odeur chargée d’hydrogène sulfuré extrêmement toxique, à la fois pour notre santé, mais aussi pour les appareils électroniques qui sont oxydés. Les télévisions tombent en panne par exemple. C’est un phénomène très embêtant pour les habitants des côtes”, résume Elodie.

Les autorités sanitaires comme les habitants locaux semblent démunis face au problème : “On en ramasse sans cesse, les citoyens eux-mêmes se déplacent avec leurs brouettes pour nettoyer les plages. Le problème c’est que vous pouvez ramasser tant que vous voulez, le lendemain, il y aura autant de sargasses que la veille. Elles s’accumulent pendant que l’on trouve la solution miracle. De plus, on ne sait pas où les stocker puisqu’elles cumulent de l’arsenic qui est un poison toxique. Impossible de les enfouir dans les sols sans affecter les terres et les cultures”.

En résumé, l’île étouffe sous ces sargasses envahissantes, sans citer le dossier brûlant du chlordécone que secoue les Antilles, un autre grand enjeu de santé publique de la région – un pesticide cancérogène massivement utilisé en Guadeloupe et Martinique des années 70 à 90.

Selon Elodie, la Martinique est bien au courant de tous ces problèmes environnementaux qui la menacent. “La population, comme les hommes et femmes politiques locaux, prennent tout cela en compte. Mais il y a encore peu de choses qui sont mises en place”, déplore-t-elle.  

Source: Google news