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Le syndicat étudiant Unef s’est une nouvelle fois exprimé samedi dernier contre la loi réformant l’accès à l’université, par la voix de la présidente de son antenne à Paris IV, Maryam Pougetoux.

“On veut un enseignement pour toutes et tous, de manière libre à l’université, qu’on laisse la chance aux étudiantes et étudiants de faire ce qu’ils veulent, et de ne pas, par exemple, décider des capacités d’accueil des universités en fonction du marché du travail”, a-t-elle expliqué au micro de M6.

Ce n’est pourtant pas pour ses propos que la militante syndicale s’est retrouvée la cible de commentaires haineux sur les réseaux sociaux.

Son intervention est rapidement repérée par Laurent Bouvet, professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin et cofondateur du Printemps républicain, un mouvement qui affirme vouloir “promouvoir le commun et la laïcité dans le paysage politique français”, qui se retrouve régulièrement au coeur de controverses.

Ce dernier publie une capture d’écran de l’interview de la militante, voilée, accompagnée de la légende: “À l’UNEF, la convergence des luttes est bien entamée. C’est la présidente du syndicat à l’Université Paris-Sorbonne qui le dit.”

La même capture d’écran est relayée par Céline Pina, essayiste et ex-élue PS en Île-de-France. “Si vous lisez ceux qui ont travaillé sur les Frères musulmans, vous verrez que leur premier objectif est la jeunesse et que le pouvoir au sein des universités les intéresse car ce sont souvent des ventres mous où la lâcheté de la gouvernance est vue comme de la coolitude”, commente-t-elle.

Un “appel à la haine”

A partir de là, la machine s’emballe et Maryam Pougetoux devient la cible de nombreux commentaires haineux sur les réseaux sociaux, son numéro de téléphone étant même diffusé publiquement.

Le syndicat étudiant a pris la défense de la présidente de son antenne de Paris IV, dimanche soir, dans un communiqué. “Si Maryam se fait attaquer, c’est parce qu’elle est une femme musulmane portant le voile, mais également étudiante avec des responsabilités syndicales”, estime l’Unef, qui dénonce l'”appel à la haine” de Laurent Bouvet.

“Derrière son supposé débat sur une laïcité excluante, se cache une islamophobie décomplexée”, juge le communiqué. “Notre syndicat défend les principes de laïcité et de féminisme, et c’est au nom de ceux-ci que nous défendons le droit des étudiantes de faire leur propre choix, dont porter le voile au sein du service public de l’enseignement supérieur”, poursuit le texte.

La réponse d’anciens de l’Unef

Pourtant, d’anciens militants de l’Unef se sont étonnés de l’intervention de Maryam Pougetoux sur M6. Dans les commentaires sous la publication de Céline Pina, le conseiller régional PS d’Île-de-France Julien Dray, cofondateur de SOS Racisme, s’exprime “en tant que membre fondateur de l’Unef”.

“La direction du syndicat qui accepte cette jeune dame comme dirigeante souille tout notre combat mené dans les universités… Bien des membres de l’Unef doivent être effaré (sic)”, avance-t-il.

Julien Dray est en réalité l’un des créateurs de l’Unef-ID, un mouvement qui fusionnera avec l’Unef-SE en 2001 pour fonder le syndicat actuel.

Sur sa page Facebook, le socialiste partage aussi le témoignage de Gilles Casanova, ancien conseiller de Jean-Pierre Chevènement.

“Je fais partie de ceux qui en mai 1980 ont fait en sorte de réunifier l’UNEF qui avait été éparpillée par les querelles de la gauche et de l’extrême gauche, dans l’après-Mai 68”, relate-t-il.

“Il est difficile pour moi qui ai quitté l’université il y a longtemps, de comprendre quand est-ce que les choses se sont inversées pour arriver à cette image d’épouvante qui dit sa destruction”, juge-t-il. Ce qu’il qualifie d'”image d’épouvante” l’interdirait aujourd’hui d’adhérer à l’Unef et le pousserait même à combattre l’organisation étudiante, affirme-t-il. 

Dans son communiqué, le syndicat étudiant a réaffirmé dimanche être “la maison commune de l’ensemble de la jeunesse”.