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La Dame de fer qui domine Paris commence… à faire son âge. La pluie corrode certaines des pièces en fer puddlé qui constituent l’incroyable Meccano mis en place par Gustave Eiffel en 1889. La nouvelle campagne de peinture, opération qui a lieu tous les 7 ans, commencera en octobre et durera trois ans. Mais, selon les informations du Parisien, la direction de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (Sete) doit faire face à des contraintes jamais rencontrées jusque-là.

Le diagnostic sur les 19 couches de peinture passées depuis son édification a montré qu’en de nombreux emplacements celle-ci s’abîmait de façon importante. « En plusieurs endroits, la peinture craquelle. Il ne servirait à rien de repeindre dessus, ça ne tiendrait pas », explique Alain Dumas, directeur travaux et maintenance technique de la Sete.

Or, c’est un enjeu de sécurité majeur : « La peinture est l’élément essentiel de la conservation d’un ouvrage métallique, et les soins qui y sont apportés sont la seule garantie de sa durée », écrivait Gustave Eiffel lui-même dans « La Tour de 300 mètres ». Le risque, à terme, est qu’une corrosion excessive fragilise l’édifice et entraîne une torsion de ces pièces métalliques, soumises à de grandes forces.

Un décapage… sur 25 000 m2 !

Une attention toute particulière est apportée au premier étage, qui doit rester absolument horizontal. De sérieux travaux se sont imposés pour éviter le scénario catastrophe. « La décision a donc été prise de procéder à un vaste décapage, sur 25 000 m2, correspondant à 10 % de la surface totale de la tour », poursuit Alain Dumas. Une grande première qui représente l’équivalent de trois terrains de foot !

Les endroits les plus abîmés se situent entre le rez-de-chaussée et le premier étage, en particulier côté pilier Sud et pilier Est, face au Champ-de-Mars. Quatre-vingts ouvriers spécialisés vont donc avoir la tâche fastidieuse d’enlever les 19 vieilles couches de peinture.

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Tout serait plus simple si la tour n’était pas plombée par sa peinture. Le décapage est un casse-tête, car le revêtement utilisé depuis des années pour protéger l’édifice est une peinture au plomb, et dorénavant soumis à une réglementation très stricte.

« Ces produits sont susceptibles d’exposer les personnes aux poussières de plomb, et de provoquer chez eux des maladies graves », explique la Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile-de-France (Cramif). La Sete est obligée d’en tenir compte. « Toutes les précautions seront prises pour protéger la santé des gens. »

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Concrètement, cela va se traduire par la pose de grandes bâches, entre le rez-de-chaussée et le premier étage, les zones les plus corrodées. « Ces grandes bâches, rattachées les unes aux autres, sont nécessaires pour confiner le bâtiment, le temps du chantier », admet Alain Dumas. Le but est de protéger les employés, mais aussi les visiteurs, l’édifice restant ouvert pendant les travaux.

L’édifice sera confiné avec des grandes bâches pendant les travaux. LP/Olivier Corsan

Cette opération est d’autant plus délicate qu’à la suite de la dernière campagne de peinture, la Sete a été condamnée par le tribunal correctionnel de Paris le 11 octobre 2016 pour « délit d’entrave » au fonctionnement du comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et a dû lui verser 18 750 euros.

Le CHSCT n’avait pas été informé de la présence de plomb à une teneur 21 fois supérieure aux normes. « Nous serons très vigilants sur le bon déroulement de ce vaste chantier, en particulier concernant la santé et la sécurité des employés, et des personnes environnantes », prévient l’avocate Valérie Schneider, qui défend le CHSCT.

Le symbole de la Ville Lumière

L’objectif de ces travaux colossaux, auxquels s’ajoute l’édification d’un mur de verre autour du parvis pour mieux sécuriser le site face au risque d’attentat, est de moderniser la vieille dame et de la faire rentrer de plain-pied dans le XXIe siècle, tout en conservant sa beauté. Monument emblématique de la capitale, elle est l’image même de la Ville Lumière. Cela mérite bien un grand décrassage.

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