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En attendant le jour hypothétique où les autorités de l’État vont sortir de leur silence sur le scandale du chlordécone, voici que des citoyens de Guadeloupe et de Martinique se mobilisent. Ils demandent “le droit fondamental d’un accès à une nourriture produite localement et exempte de poison ; un étiquetage des produits indiquant la présence ou non de chlordécone et sa quantité ; une politique publique permettant la production agricole locale d’une nourriture non contaminée”.

Ils réclament simplement le droit de savoir et le droit à la santé. Non pas des poursuites judiciaires contre les coupables, parfaitement identifiés, de ces négligences répétées ayant abouti à une situation hors de contrôle. Pas plus que l’indemnisation des victimes de l’exposition à ce poison.

Pourtant, il y a de quoi

 
Une plainte déposée en Guadeloupe depuis plus de dix ans pour identifier les responsables de cette incurie tarde à prospérer. Il est vrai que, contrairement à d’autres scandales sanitaires, la pression de l’opinion publique est faible sur les magistrats. Surtout que les gouvernements successifs n’aident pas à établir la vérité. Surtout que nombre de nos responsables politiques, de droite comme de gauche, ont adopté la même attitude depuis la révélation de l’ampleur de la catastrophe sanitaire, écologique et économique.

L’information est disponible depuis 1977, date des premières publications scientifiques sur le chlordécone. Mais il a fallu la mission parlementaire d’information conduite par le député Philippe Edmond-Mariette en 2005 pour commencer la longue marche vers la prise de conscience du problème. Deux ans plus tard, en 2007, la première enquête d’ampleur est publiée par deux militants écologistes, Louis Boutrin et Raphaël Confiant. Ils éditent un livre dressant le constat et un second proposant des solutions. Ils subissent moqueries ou silence poli.

Si chacun avait pris ses responsabilités, dans les hautes sphères du pouvoir, des citoyens ne se seraient pas mobilisés de la sorte. Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre démocratie.