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En se rendant à Visa pour l’image à Perpignan – la Mecque du photojournalisme -, un festival qui fête cette année ses 31 bougies et se termine le 15 septembre prochain, Benoît Durand n’imaginait pas que son travail en Martinique allait susciter l’intérêt de l’Association Nationale des Iconographes. Et pour cause: Benoît démarre dans le métier de photo reporter.

Banlieusard parisien, ce jeune de 23 ans n’en est qu’à sa troisième année dans le métier. C’est au hasard de la lecture d’un papier dans la presse écrite en début d’année qu’il entend parler du poison aux Antilles. Mais ce n’est que deux mois plus tard qu’il mesure l’ampleur du scandale en visionnant un reportage sur Franceinfo.
Une première approche difficileSensible aux problèmes environnementaux depuis son enfance, il décide d’en faire son cheval de bataille professionnel. Le chlordécone est donc tout “naturellement” un sujet à travailler. Il se rend fin juin en Martinique. Avec l’aide et l’appui d’une collègue journaliste martiniquaise qui le met en relation avec des victimes, il rencontre des travailleurs des plantations de banane. © Benoît Durand Benoît Durand a réalisé des portraits de travailleurs des bananeraies, chez eux ou dans les champs où ils ont été exposés au chlordécone.
“Mais dès le départ, je me suis confronté à un mur et il m’est apparu très vite qu’il serait difficile de les photographier”, raconte Benoit. 15 jours après son arrivée. Il n’a guère shooté. Il lui faudra de la persévérance et de l’ingéniosité pour gagner la confiance et faire se délier les langues et surtout, obtenir de ses “personnages” l’autorisation de les photographier.

De trois semaines initialement prévues pour réaliser son travail, il restera près d’un mois et rapportera des centaines de clichés : essentiellement des portraits des travailleurs des bananeraies, chez eux ou posant dans les champs où ils ont travaillé et ont été empoisonnés.
Ce qui me choque le plus, c’est l’attitude de l’Etat français qui fait tout pour étouffer ce scandale sanitaire.
— Benoît Durand
Des portraits couleurs des victimes, alternant entre ceux qui ont accepté de témoigner à visage découvert, et ceux, très nombreux, qui n’ont «offert» que les stigmates de la maladie (opérations chirurgicales, déformations des membres, infirmités…). “Je n’imaginais pas l’ampleur du scandale, renchérit le jeune photo reporter qui a rejoint le collectif de photographes Hans Lucas. Ce qui me choque le plus, c’est l’attitude de l’Etat français qui fait tout pour étouffer ce scandale sanitaire. Ce qui me choque, c’est le non remboursement des médicaments et l’absence d’indemnisation. Il faut que les choses changent! Si mon travail peut y contribuer, j’en serai ravi…”
Bientôt un reportage en GuadeloupeSélectionné parmi les finalistes du sixième Prix Mentor à Visa pour l’Image, un prix organisé par FreeLens et soutenu par la SCAM et le CFPJ Médias destiné à soutenir et encourager financièrement le travail d’un jeune phot-reporter, Benoît a pu présenter son travail devant les jurés et le public du Festival dont beaucoup ignoraient ce problème sanitaire aux Antilles ou ne mesuraient pas l’ampleur du scandale. © Jean-Michel MAZEROLLE Le photojournaliste Benoît Durand a présenté son travail sur la pollution du chlordécone en Martinique devant le jury du festival Visa pour l’image de Perpignan.
Pour l’heure, aucune des 23 photos sélectionnées et visibles sur son site internet n’ont été achetées et publiées dans des journaux. Benoît n’est rentré que fin juin de La Martinique et quand il a proposé son travail aux rédactions en juillet, ces dernières étaient plus intéressées par des sujets vacances.

Fort des rencontres et des soutiens au Festival Visa pour l’Image, Benoît Durand prévoit de refaire la tournée des rédactions courant septembre. En parallèle, il prépare un deuxième voyage aux Antilles, cette fois-ci en Guadeloupe afin de poursuivre son travail photographique sur l’autre terre contaminée par le chlordécone.

Source: https://la1ere.francetvinfo.fr