PARTAGER
https://www.martinique.franceantilles.fr/images/2020/01/14/550352_1579001246_franceantilles_330x170.jpg

L’avenir de votre journal France-Antilles se joue aujourd’hui, devant le tribunal mixte de commerce de Fort-de-France. L’édito de Reudy Rabathaly, le directeur des éditions.

Aujourd’hui, mourir à 55 ans, est généralement jugé stupéfiant pour un humain. La mort de France-Antilles au même âge suscitera, sans doute, une réaction identique de révolte ou d’impuissance face à la cruauté de la vie, cette fois, économique.

Dans le cas d’un humain, comme d’ailleurs d’un journal, la stupeur de la disparition se mesure à la qualité du parcours de la vie du défunt, à ses engagements, à son rapport aux autres, à ses émotions partagées, à sa participation au monde… Bref à son identité.
Aujourd’hui, si l’identité de France-Antilles se confond, ou plutôt se fond, dans celle des Martiniquais, c’est parce que le journal s’est, au fil des années, positionné autant au coeur du quotidien de ses lecteurs que de leurs vécus.
Sur cette empreinte, il serait condamnable de chercher à gommer la période de sa naissance marquée du sceau de la volonté d’asservissement et d’assimilation des pouvoirs de l’époque. Au contraire. Elle permet, 55 ans plus tard, de mesurer l’ampleur du chemin parcouru avec l’exercice de ces conquêtes de libertés politiques, sociales, culturelles et de liberté de la presse qui aujourd’hui, sont les puissants catalyseurs de la déontologie éditoriale du journal. Si France-Antilles est autant porteur de notre identité, c’est parce qu’il la décline certes à travers les faits d’actualité mais aussi parce qu’il nous restitue au mieux notre histoire.

Média d’information de proximité

Reconnu comme le média d’information de proximité, au coeur des jours, des vies, des interrogations et des émotions des Martiniquais, France-Antilles est aussi le Quotidien de notre mémoire. C’est pourquoi, sa disparition possible est insupportable à ses lecteurs, aux militants de la pluralité d’opinions, aux lanceurs d’alerte et de débats, aux esprits « véyatif » et, tout simplement, à la Martinique. Une désolation insoutenable avant tout pour 235 familles de salariés aux Antilles et en Guyane.
Seuls les petits jouisseurs d’aubaine ou les tristes revanchards de rancune pourraient ne pas y trouver la moindre compassion. L’allongement de la durée de vie de France-Antilles se décide (normalement), aujourd’hui, au tribunal de commerce de Fortde-France. Lourde responsabilité des juges-médecins. Mais, la réanimation du patient dépendra surtout de la volonté et de la mobilisation de ses proches, lecteurs ou non, à vouloir conserver un des marqueurs clés de l’identité de notre pays. La seule contribution pour laquelle nous voudrions ne jamais avoir à solliciter les Martiniquais, ce serait bien celle de les contraindre d’écrire, avec nous, le testament de leur France-Antilles.