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500.000 barils de pétrole brut par jour voir plus. Le Guyana va produire autant que la Malaisie et uniquement à partir du gisement du bloc Starbroeck Maritime. Selon le géant pétrolier américain Exxon Mobil qui détient les principaux droits d’exploration et d’extraction, il y a une très bonne probabilité qu’il y ait beaucoup de pétrole dans le secteur du plateau continental guyanais. Les retombées économiques et sociales sont attendues avec impatience au Guyana, l’un des pays les plus pauvres de la région.

Francis Perrin est directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste des problématiques énergétiques. Universitaire, il collabore à l’hebdomadaire spécialisé Petrostratégies. Il intervient régulièrement dans de nombreuses conférences et séminaires sur les questions énergétiques.

Le Guyana, nouvel acteur sud-américain du pétrole, c’est une véritable surprise ?
Francis Perrin : Oui et non. Oui, car ce pays, dont on ne parle pas, n’a jamais été un producteur de pétrole dans le passé. Non parce que la première découverte en mer au large de Guyana, Liza, remonte à mai 2015 et que l’on sait dans les milieux pétroliers depuis au moins deux ans qu’il y a suffisamment de brut pour que ce champ pétrolier soit développé et entre en production dans les prochaines années.

Le Guyana, peut-il devenir un acteur important du marché du pétrole ? Un pays producteur et surtout exportateur de brut?
On sait aujourd’hui que le Guyana deviendra un producteur de brut au début 2020. Le pays sera aussi un exportateur de pétrole. La production augmentera ensuite progressivement jusqu’en 2025 pour atteindre un niveau de 750.000 barils par jour, soit 37 millions de tonnes par an. C’est le niveau actuel de la production de la Malaisie. Cela ne fera pas du Guyana un très gros producteur de pétrole, mais ce sera très important pour l’économie de cet Etat. De plus, il n’est pas exclu que d’autres découvertes soient réalisées, ce qui conduirait à revoir ces chiffres à la hausse.

Le Guyana a fait le choix d’Exxon Mobil pour l’exploitation de ses ressources, et ce choix est réciproque. Exxon est l’un des géants américains du secteur, il a investi dans l’exploration au Guyana, il va produire beaucoup de pétrole, quelle en est la signification ?
Le groupe Exxon Mobil est engagé dans l’exploration au Guyana depuis 2008. Cette société est la plus grande compagnie pétrolière prouvée au monde. Elle est associée au sein d’un consortium à une autre firme américaine et à une entreprise chinoise pour l’exploration d’un permis en mer au large du Guyana. Le nom de ce permis est Starbroek. Les travaux d’exploration conduits par Exxon Mobil ont été très largement couronnés de succès puisque neuf découvertes ont été réalisées à ce jour. L’estimation des réserves récupérables mises à jour est à présent supérieure à 4 milliards de barils de pétrole. Et Exxon Mobil pense que d’autres découvertes sont possibles. Exxon Mobil, ses associés et le Guyana seront les grands gagnants de cette affaire.

Quelle est la qualité du brut du Guyana ? Très bonne comme celle du “brent” européen ou “saramacca” des plateformes pétrolières du Suriname ?
C’est une bonne qualité. On n’est pas dans le cas, très particulier, du brut extra-lourd et polluant de la région de l’Orénoque au Venezuela.

Du pétrole au Guyana, du pétrole au Suriname, Total qui va entamer l’exploration du permis Guyane Maritime, la région serait-elle un nouveau spot pétrolier ?
Le Guyana, la Guyane française et le Suriname sont situés entre deux grands pays pétroliers, le Venezuela et le Brésil, et il est donc logique pour des compagnies pétrolières de vouloir tenter leur chance dans cette zone. À ce jour, on compte neuf découvertes pétrolières au Guyana, une en Guyane et les perspectives sont jugées intéressantes pour le Suriname. Un nouvel eldorado non, mais une zone qui est maintenant sur l’écran radar de l’industrie pétrolière internationale et qui pourrait réserver d’autres bonnes surprises pour certains acteurs pétroliers dans la région. On suivra avec intérêt la poursuite des activités d’exploration d’Exxon Mobil au Guyana et le prochain forage de Total sur le permis de Guyane Maritime au large de la Guyane française.

Le pétrole pour le Guyana, des rentrées d’argent, taxes et impôts, une participation en tant qu’actionnaire ? Ou une possible victime de la malédiction des matières premières selon l’expression de Philippe Chalmin pour le Venezuela ?
Le Venezuela est effectivement un exemple catastrophique de cette ”malédiction” des matières premières. Ce pays détient des réserves pétrolières supérieures à celles de l’Arabie Saoudite… Mais le terme de malédiction ne doit pas nous induire en erreur. Derrière l’effondrement tragique de ce pays, il n’y a pas de fatalité, mais des responsabilités humaines et politiques. Le pétrole n’est pas toujours une ”malédiction”. Cela dit, il est certain qu’il est difficile pour un Etat de gérer correctement une richesse qui semble tomber du ciel, d’autant plus que le Guyana n’a pas d’historique dans ce domaine. D’un autre côté, un nouveau pays producteur peut profiter des expériences d’autres producteurs en vue d’éviter certains pièges et d’appliquer de bonnes pratiques. Un risque, certes, mais aussi une chance. Il appartient au gouvernement du Guyana de faire les bons choix économiques et sociaux dans l’intérêt de la population du pays et aussi des générations futures. C’est une responsabilité historique pour l’avenir de ce pays.
 

Contexte

Exxon Mobil, l’une des plus grandes compagnies pétrolières mondiales parie sur une production d’or noir de qualité et notamment au Guyana. La région est l’une des zones pétrolières les plus actives de la planète et le Guyana fait partie des pays les plus pauvres de l’Amérique du Sud. Selon l’Institut fédéral américain de géologie (US Geological Survey), le bassin Guyana-Suriname a un potentiel de ressources estimé à plus de 13 milliards de barils de pétrole. Et plus si on y ajoute la Guyane française.

La région est considérée comme l’un des meilleurs bassins inexplorés au monde. Le bassin principalement offshore se situe en partie sur la côte, où les efforts de la compagnie nationale Staatsolie, gérée par l’État du Suriname, ont été concentrés. Mais les huit découvertes d’Exxon Mobil dans les eaux du Guyana ont piqué l’intérêt de la compagnie pétrolière pour la région. Exxon Mobil a trouvé un nouveau gisement pétrolier d’importance. Le Guyana est associé au projet pétrolier du géant américain. Les premiers barils seront produits en 2020…
 

Zone pétrolière Guyana-Surinam © INSG

© INSG Zone pétrolière Guyana-Surinam

Source: https://la1ere.francetvinfo.fr